jeudi 31 août 2017

une semaine en Chartreuse - juillet 2017

CR: Pierre F
Spéléos présents : Mickael Leroy, Noé Vergez, Pierre Farcy

Samedi 22 juillet: 

Jour J, nous voilà enfin partis pour une semaine, dans cette belle région qu'est la Chartreuse!
Très beau massif montagneux de 400 km² proposant des tas de choses à découvrir toutes aussi magnifiques les unes que les autres sur et sous terre!!!

Nous quittons la fournaise Ardéchoise et après 3h de route dans les bouchons, nous commençons à apprécier l'altitude et l'air frais de la montagne.
Arrivés en Chartreuse, à Saint Pierre d'Entremont, le moral est au plus bas, il pleut à en boire debout!!!
Une fois bien installés, nous finirons la soirée par boire, mais assis, en admirant les éclairs qui frappent les monts Veyrand, Granier et le Pinet.

petite dégustation de bienvenue!
premier contact avec le lave vaisselle. Soirée mousse!

Dimanche 23 juillet:

Au réveil les nuages se sont dissipés. La vue se dégage et nous profitons de ce superbe panorama depuis le hameau du Château où nous sommes installés.

vue depuis la terrasse sur Roche Veyrand. On distingue au fond à droite la trainée laissée par l'éboulement du Mont Granier!
Le château, enfin ce qu'il en reste!

Sur les coups de midi, nous décidons de commencer le séjour par une randonnée de repérage sur la dent de Crolles, l'un des lieux mythique de la spéléo française, qui sera un peu plus longue que prévu...

en violet, le tracé de la rando...

Nos jambes ont bien compris qu'ici en Chartreuse, il ne faut pas rigoler avec le dénivelé!!





la ville de Crolles et la vallée de l'Isère, 1800m plus bas!




Lundi 24 juillet:

Comme prévu, au petit matin, la pluie est au rendez-vous.
Nous décidons de faire un tour à Chambéry. Magasins, crevaison, bref journée de m***e.
Sur le retour, nous passons devant le mont Granier. Nous observons l'impressionnant éboulement qu'il y a eu en 2016, presque 200 000m3 de falaise se sont détachés!!!

col du Granier
 De retour au gîte, préparation du matériel pour la sortie du lendemain.

Mardi 25 juillet:

La veille, nous décidons de nous lever sur les coups de 7h.
A notre grande surprise, il pleut.....
Nous nous garons au col du Coq et commençons une marche d'approche d'environ une heure en dénivelé positif ou nous bravons la pluie, le brouillard et le vent, afin de rejoindre le trou du Glaz sur le massif de la dent de Crolles.
L'objectif étant de faire la traversée Glaz>Chevalier.

l entrée du trou du Glaz

Nous commençons notre progression dans une galerie de taille modeste où, nous autres ardéchois, en apprécions le confort!!!


Au bout de 100m deux options:
-emprunter une lucarne à droite en direction du puits de la lanterne qui est un enchainement de quatre puits (12, 15, 18 et 12m) débouchant sur la galerie du marécage.
-Nous choisissons l'option proposée sur le site du « Spéléo Secours Isère », c'est à dire en passant par le puits de l'Ogive (P40), certainement plus confortable.




A notre grande surprise, en arrivant sur le P40, nous constatons que ce dernier est équipé en fixe, ce qui nous évitera de rappeler les cordes et ainsi gagner un peu de temps pour faire des photos.

puits de l'ogive

Après le puits de l'Ogive nous progressons sur une belle galerie avec plusieurs actifs qui sortent en parois.
On franchit plusieurs passages en main courante, escalade, ressauts : autant dire qu'il y a de l'ambiance!!!


puits du lac

On contourne un actif qui finit en cascade dans le puits du Lac (P60) par une belle main courante grâce à laquelle nous regagnons une galerie plus calme et plus sèche.

On se restaure en 5 minutes puis repartons vers le puits Fernand.
À partir de là, les puits ne sont plus équipés, à nous de faire le travail.
Au pied du puits Fernand, un passage un peu plus étroit mais tout de même confortable nous mène à la diaclase Annette, elle aussi étroite mais qui se descend très facilement malgré les frottements (15m + 6m).

marquage peu discret!

La diaclase Annette débouche sur la galerie 43, ni trop basse ni trop haute, mais qui nécessite une progression voutée, voire à 4 pattes par endroits. On passe le puits de la Vire (que l'on ne descend pas).
Plus loin on rentre dans un méandre à droite au niveau du sol. Méandre très sinueux mais à taille humaine qui tourne énormément et parait presque interminable. On arrive à la base du puits de la Jonction (P10 remontant) équipé au sommet d'une main courante qui nous mène une dizaine de mètres plus loin à l'aplombs du puits Maurice, la verticale de la traversée (P50+5). Le puits est beau, confortable avec du contre parois et du plein gaz aussi.

P10 avant le puits Maurice
En bas de ces 50m de verticale, un palier sur une vire équipé d'une petite main courante donne sur les 5 derniers mètres du puits.
Attention, il est nécessaire, pour le dernier à descendre, de rappeler la corde au niveau du palier et ensuite, descendre les 5 derniers mètres sous peine de coincer la corde sur une lame rocheuse.
On enchaine dans le méandre Nadine qui est sur la description, accrocheur (surtout au début).
Les petits bouts de combinaisons éparpillés tous le long du méandre confirment le descriptif.
La fin du méandre est plus confortable, on rencontre même un ressaut descendant d'environ 5m.

La fin du méandre donne directement sur le puits de l'Oubliette que l'on descend en partie. Puis nous continuons à évoluer sur une vire plutôt aérienne qui permet de regagner la suite du réseau, une galerie avec ramping et laminoir beaucoup plus confortable que ceux que l'on peut trouver en Ardèche.

puits de l'oubliette

vire dans le puits de l'oubliette

On débouche sur le puits de la Toussaint (P25+8m). Attention aux cordes! Malgré une descente en deux étapes, il faut, dans les 25 premiers mètres, gérer au mieux les frottements qui y sont assez importants.

Le puits débouche dans une vaste galerie  au sol rempli de blocs empilés qui lui donnent un aspect très chaotique. Nous sommes dans la galerie Chevalier!!

galerie Chevalier




La sortie se trouve vers le sud, le passage le plus évident est situé sur la droite de la salle. Il faut suivre les bouts de réfléchissant qui mènent directement à la sortie après un 1km de randonnée souterraine.

La sortie est un peu cachée, le porche de la grotte Chevalier est loin d'être en bon état.
A cause du gel, les parois sont très instables, et je pense qu'il n'est pas impossible que dans les années futures, la cavité se bouche totalement à cause des éboulements. Profitez en donc tant qu'il est encore possible de faire cette traversée, qui est superbe, très agréable et se fait sans encombre!!

Le chemin de retour se fait dans le brouillard, sur une vire étroite équipée d'une main courante. En passant prés d'un arbuste, nous effrayons un tétra qui manque nous faire tomber de l'étroit chemin. Manquerait plus que ça, un secours à cause d'une volaille!
En cas de pluie, de gel ou de neige le sentier devient vite dangereux, la prudence est de mise!

entrée de la grotte Chevalier

La dent de Crolles est un plateau calcaire de seulement 2km² où plus de 50km de réseaux se croisent sur plusieurs niveaux. C'est donc un vrai labyrinthe, mais malgré cela les différents parcours sont très bien balisés. Il est quand même nécessaire, comme pour toute sortie, de bien étudier la topographie avant la traversée, de partir avec le matériel adéquat et d’avoir une topo sur soi, afin d'éviter tous problèmes d'égarement.

retour au col du Coq


Le matériel nécessaire pour la traversée :

Deux cordes de 55m ou une 110m.
Une corde de secours de 55m
Une boussole + la topo

TPST : 6H30
Marche d'approche : 1h aller, 1h retour

Mercredi 26 juillet:

Mercredi matin, on reste tranquille au gîte, chacun à ses occupations.

On part tôt en début d'après midi pour faire le canyon d'Alloix.
Le ruisseau d'Alloix  n'a pas beaucoup d'intérêt en période d'étiage, mais avec les pluies des derniers jours, l'occasion était bonne à prendre!
1Km de long pour 200m de dénivelé entre le départ est l'arrivée.
On gare notre véhicule « citron » en dessus de Montalieu, un hameau sur la commune de Saint Vincent de Mercuze, au niveau du château d'eau.
Puis on prend "le chemin d'autrefois" qui se trouve une centaine de mètres plus haut, en bord de route.

marche d'approche sous la cascade que nous allons descendre!


On fait une marche d'approche d'environ 45minutes où on prend une bonne suée pour arriver au départ du canyon « le moulin de Tardy ».
Les 300 premiers mètres ne sont pas très intéressants.
La partie verticale commence par une jolie cascade de 22m où deux gros jets d'eau arrivent de droite et de gauche; ils se croisent à environ 10m de haut, ça met dans le bain d'entrée!!!

concentration avant de se jeter à l'eau!



la C22

On poursuit ensuite par une C6, on enchaine par des gours entre les blocs, des mini toboggans puis trois vasques avec une main courante et, au bout, une vue imprenable sur la vallée et, plus loin, les Alpes. Nous sommes au sommet de la C43.

la C43, ambiance garantie!



La cascade se descend très bien. A environ -5, il y a un amarrage permettant d’y attacher un kit, pour éviter un gros frottement de corde.

saut 6m


On enchaine sur des ressauts, sauts, toboggans et autres cascades de taille modeste et finissons par une belle C28 ou l'on se fait bien arroser, avant de regagner la rive et de rentrer au véhicule qui se trouve à 5 minutes de marche.

C15

C28

Le canyon d'Alloix est très facile, très beau, avec un avantage : il est très peu encaissé et on peut donc à tout moment, sortir du cours d'eau.

On retiendra la phrase de Noé : "Fallait oser, faire un canyon pour nettoyer le matériel de spéléo!"

Matériel requit :
Cordes 2 x 45m + cordes de secours
Combinaisons néoprène

Jeudi 27 juillet:

La météo étant plus clémente en cette fin de semaine, nous nous tenons au programme initial et partons plus motivés que jamais, faire Guiers Mort - Guiers Mort par les Tritons et l'Escalier Bis.

On démarre la marche d'approche du parking de Perquelin et environ 40 minutes plus tard, nous arrivons au porche du Guiers Mort, une des résurgences du réseau de la Dent de Crolles.

l'entrée du Guiers Mort


On commence par de la belle galerie, mais très rapidement, arrivons à l'entrée du réseau Sanguin, très facilement repérable par l'énorme courant d'air.
Le réseau porte très bien son nom, les inventeurs ne devaient pas avoir de genouillères...
Je cite : Un réseau "plus ou moins large pouvant être pénible pour les forts gabarits" de 200m de long avant d'arriver au pied du Puits Pierre, P12+23, que l'on remonte.
On enchaine ensuite par la galerie Paul qui est plus confortable que le réseau Sanguin puis la galerie Perquelin qui est, cette fois-ci, à taille humaine!


dans la galerie des Perquelins

On passe en main courante le puits Isabelle (P64) qui a un diamètre plus que respectable.
En suivant bien les indications préconisées par le SSSI, on rencontre plusieurs carrefours pour arriver dans la galerie des Tritons. On traverse un premier puits en main courante, puis un second: nous sommes à la "Vire Rias".

vire Rias

Ensuite, on continue la galerie toujours tout droit.
Un pont rocheux avec le vide de chaque coté nous permet de traverser le Puits Moulin .
On se dirige ensuite vers le Puits Noir. Deux possibilités s'offrent à nous:
Descendre le Puits Noir et arriver assez rapidement au Puits du Cerf, ou prendre le Boulevard des Tritons qui rallonge un peu la boucle, en passant par le Puits Banane, P15 que l'on remonte.

puits banane


Nous choisissons la deuxième option et continuons dans la galerie, avec deux passages en mains courantes, qui donnent accès à la cascade rocheuse (P40), point haut de la boucle et fractionnée à plusieurs reprises.

la cascade rocheuse

Une petite galerie non balisée, sous la cascade, se terminant par un laminoir sableux assez court, nous donne accès au puits du Cerf, magnifique verticale avec énormément d'arrivées de puits et de départs de galeries. On s'engage dans la galerie du Faciès Souriant qui est plutôt linéaire.

départ de la galerie du faciès souriant

A partir de ce point, ce qui reste à parcourir pour retrouver la sortie, soit un peu moins de la moitié est beaucoup moins évident. Le balisage est par endroits absent. La progression se fait plus lentement et avec prudence.

Par le Faciès Souriant, nous nous dirigeons vers l'Escalier de Service Bis, une faille d'une vingtaine de mètres, se descendant de préférence avec une corde.

On arrive après un boyau et un P3 dans le collecteur, où l'on retrouve des scotchlight orange.
On passe en opposition plusieurs marmites, sauf celle de la Piscine qui, étant un peu plus grande que les autres, se franchit à l'aide d'une main courante aérienne dite "la Tyrolienne".

la piscine

tombera, tombera pas?

On arrive ensuite rapidement à la vire des Stalagmites, qui se trouve dans les plafonds du collecteur. Elle est, vue d'en bas, assez discrète. Pour y accéder, on remonte la corde sur 6m environ pour arriver à la main courante qui permettra d'emprunter la vire.

vire ses stalagmites

le collecteur

Le collecteur, un peu moins volumineux, ressemble à un méandre où nous évoluons en hauteur mais il est conseillé pour la sécurité et la facilité de se rapprocher du fond dès que possible. On fini la progression les pieds dans l'eau, où nous arrivons à la Plage. Quelques mètres plus loin se trouve le Siphon.

la plage



Avant le siphon, 2 galeries s'ouvrent face à face, de chaque cotés de la rivière.
Nous quitterons la rivière en prenant celle de gauche qui nous mènera à un P12, une main courante puis un P10 que l'on remonte avant de redescendre un P3. On retrouve rapidement la rivière et la Cascade Elisabeth que l'on descend en rappel guidé, pour se diriger vers le Labyrinthe, galerie au multiples départs (barrées par des cailloux comme pour le réseau Sanguin) où la progression se fait en ramping et à quatre pattes.

roche ciselée dans la rivière

cascade Elisabeth


C’est la dernière étape avant d'arriver dans les plafonds de la salle de l'Ouragan.

puits de l'ouragan

salle de l'ouragan


La salle de l'Ouragan peut se mettre en charge. Si c'est le cas, traverser la salle par la main-courante, sinon un rappel permet d'accéder au fond de la salle et retrouver la Grande Salle (départ du réseau Sanguin) pour enfin ressortir et voir la lumière du jour.

salle d'entrée du Guiers Mort


retour au point de départ


Respectez bien le balisage, vous rencontrerez beaucoup de carrefours lors de cette boucle, les galeries sans intérêt, sont barrées par des cailloux.

Vendredi 28 juillet:

Après l'expédition au Guiers Mort qui a été assez fatale pour les genoux malgré les protections, le matin ce sera repos pour tous.

L'après-midi nous partirons sur la via ferrata de la Roche Veyrand, se trouvant juste en face de notre gîte: 900m de long avec un peu plus de 300mètres de dénivelé, très bien équipée et en accès libre à la condition d'avoir le matériel de progression adéquat.



vue sur St Pierre d'Entremont


en face, le hameau du Château où se trouve notre gîte


La via commence par une première partie facile, réservée à tout publics (ou presque), avec un échappatoire pour redescendre à St Pierre d'Entremont. Ou bien, continuer vers la deuxième partie un peu plus engagée, mais qui, pour des spéléos, se fait très facilement. Aussi, à la clé, une très belle vue et une bonne sensation sur la fin avec 200 à 250 mètres de vide sous les pieds!


pause goûter

superbe panorama depuis le sommet


Samedi 29 juillet:

Nous préparons notre retour en Ardèche.
Rangement, ménage, valise, pour ensuite prendre le départ pour le Sud.

Un superbe séjour, alimenté d'activités différentes qui nous auront permis de faire connaissance avec les sommets, les falaises, les sous-sols et les rivières de la Chartreuse.

Rappel important :

Le réseau de la Dent de Crolles est assez complexe, avec beaucoup de galeries se recroisant. Il est très important de préparer avec sérieux toute sortie dans ce massif.
Toutes les infos nécessaires sont sur le site du SSSI : http://www.sssi.fr/articlecategory/topos

PS : Ne faites pas comme nous et pensez à vous renseigner auprès des clubs locaux pour connaître les équipements déjà présents sous terre, ce qui vous évitera de promener dans un kit un peu plus de 100m de cordes inutilement...